Ce matin, 9h : "Vous pouvez retourner les sujets". C'est parti pour cinq heures d'épreuve. Au programme, la définition de la poésie selon Roubaud (poète qui gagne à être connu!) Et tous les candidats se penchent sur leur table, retournent leurs feuilles de leurs doigts moites ou indifférents et "prennent connaissance du sujet". S'ensuivent cinq heures de triturage de méninges durant lesquelles chacun essaie de se souvenir de ce qu'il a écrit ce poète, de ce que le prof a bien pu raconter pendant qu'on regardait par la fenêtre en prenant un air concentré qui ne dupait personne, et surtout, on essaie de comprendre le sujet... Et on reste vissé sur sa chaise, les boules Quiès enfoncées à fond dans les oreilles pour ne pas perdre le fil de sa réflexion...
Fin de l'épreuve, on se retrouve tous à la sortie, pour parler de tout sauf du sujet ("Ce qui est fait est fait"), on avale vite fait un hamburger, tout ce qu'on peut trouver à 15h un lundi aprem et on rentre vite chez soi, parce que demain, c'est sur la reine Elisabeth qu'il faudra plancher pendant cinq heures, qu'on a un matelas de cours à relire et de fiches à apprendre par coeur, parce que les fiches, c'est le principal (n'empêche qu'on en a au moins 50 par matière!) Et on essaie de dormir, parce qu'il y a quand même 6 épreuves (rien qu'à l'écrit!) pour intégrer une école qui nous paiera pour assister à des cours de bourrage de crâne intensif pour que nous soyons tous de bons professeurs, bien englués dans le système... Sans compter que le taux de réussite atteint à peine 3% et que 80% de ces 3%, ce sont les élèves de Paris (vous suivez?) ce qui fait que nos chances d'intégrer frôlent les 1%. Et voilà ce qu'on fait de l'égalité, qui participe pourtant de la devise de notre chère nation, et qui fait que tous les bons élèves sont regroupés dans la capitale, et que eux ont assisté à des colloques qui leur ont permis de rencontrer Roubaud (ça aide sûrement à comprendre certains aspects du recueil je pense...)
Et pourtant... Et pourtant, ce concours je le passe sérieusement parce qu'on peut jouer le jeu en jouant son propre jeu, et que si je veux être prof, ce n'est pas pour suivre ce qu'on m'aura bien gentiment inculqué, mais tout simplement pour transmettre ce que je sais, en communiquant et en semant chez les jeunes les germes d'une réflexion individuelle, avortée dans l'oeuf par TF1, la star ac et autres... Mais bon, tout cela est sans importance, je n'ai pas voix au chapitre, je ne suis qu'une simple préparationnaire, et d'ailleurs je dois vous laisser, j'ai de l'histoire à réviser...
PS : Ironie de l'histoire : cette épreuve a été annulée pour une pseudo alerte a la bombe qui a fait évacuer un centre d'examen ... HaPpY fAcE !!!
profitez du système ou le système profitera de vous...sinon bon courage :)